L’HUMANITE Culture – le 29 Juin 2011

Exposition

L’art du costume de scène…

Le Centre national du costume de scène de Moulins fête ses cinq ans d’existence. Il sort de ses réserves les habits du Français pour une exposition où l’art soutient le travail.

Le scénographe Roberto Platé a transporté dans l’ancienne caserne la Comédie-Française et ses coulisses. Théâtre oblige, l’exposition se joue en plusieurs actes. En préambule, le fauteuil de Molière, ici surdimensionné, qui occupe à l’ordinaire le foyer de la salle Richelieu. Un rideau de fer symbolique sépare du côté cour, les ateliers reconstitués pour l’occasion. Décors et acteurs restent à imaginer. Seuls les costumes et des voix d’interprètes illustres nourrissent des tableaux.

On traverse l’exposition. On traverse une histoire. Un art et ses «coupes» rendent compte des siècles et de leurs singularités. Le plus ancien costume date de 1755. Il fut créé pour l’Orphelin de la Chine, de Voltaire. On y découvrira aussi Sonia Delaunay, la beauté persistante de sa «robe poème» conçue en 1920 et utilisée en 1978, ainsi que la cuirasse dessinée et portée par Jean Marais en 1952 pour Britannicus. Plus récemment, la Comédie-Française a fait appel à Thierry Mugler pour Macbeth et à plusieurs reprises à Christian Lacroix pour Cyrano de Bergerac, Phèdre, ou encore Fantasio.

Plus qu’une simple chronologie des parures, Renato Bianchi, le directeur des costumes du Français, propose «un temps historique où les costumes traduisent une époque et ses goûts». La salle consacrée à Mounet-Sully souligne l’opulence d’une société alors qu’un des costumes porté par Jean-Louis Barrault dans le Soulier de satin rappelle par ses matières modestes les temps meurtris de l’occupation allemande. Quand la mode a l’apparence d’un éphémère, le costume de scène témoigne d’une mémoire. Les tendances suivent les mouvements historiques, la Comédie-Française respire au rythme de l’époque. Elle s’adapte en permanence. Renato Bianchi évoque 1936 comme «une des années charnières pour le costume, avec l’arrivée au Français de Raymond Rouleau, Jouvet et Charles Dullin, Gaston Baty et Copeau font leur entrée et explorent un style nouveau».

Suzanne Lalique, directrice des décors et costumes, jouera un rôle important dans la recherche de nouvelles lignes pour ces derniers. Le graphisme transcende la recherche d’une réalité historique. La Comédie-Française invente son esthétique. Une identité se forme et se reconnaît dans le monde entier. En fin de parcours, une féerie nous est donnée avec les costumes du Bourgeois gentilhomme. Ils sont suspendus au-dessus d’un bassin sur les eaux noires duquel ils se reflètent. Ainsi, Molière ouvre et ferme la séquence. Dire qu’il s’agit d’une exposition originale et surprenante, exceptionnelle est bien peu eu égard à sa réussite.

Genica Baczynski

 

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