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PREANBULE :

AVIS IMPORTANT ! Pour apprécier pleinement les enregistrements datant des premières années du phonographe, Pierre Hiégel, qui fût journaliste mais surtout animateur de radio et grand critique musical, eut l’heureuse idée de proposer aux abonnés du SELECTION du Reader’s Digest une compilation d’enregistrements anciens que réalisèrent, en leur temps, les grandes voix du théâtre français. En fin connaisseur, Pierre Hiégel, pris préalablement la peine d’alerter l’amateur pour le préparer à l’écoute.

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Les premiers enregistrements sonores

« C’est (ndlr 2011 : Les enregistrements sonores repiqués et compilés sur le microssillon 33t « Les géants du théâtre français ») un trésor phonographique à faire palir d’envie tous les collectionneurs de cires précieuses. Mais, pour en apprécier la beauté singulière, il faut l’écouter avec certaines précautions.

Ces témoignages sonores furent enregistrés de 1898 à 1932 par les « monstres sacrés » de la scène française, avec des procédés divers, qui vont des antiques cylindres de cire de l’âge d’or du phonographe aux premiers micros à ruban des studios antédiluviens.

La légende prétend que lorsque Madame Sarah Bernhardt entendit la première épreuve de son phonogramme de Phèdre elle s’évanouit d’horreur. Cela se passait en 1903. Sarah avait 59 ans. Elle était au sommet de sa carrière. L’Amérique disait que depuis Jeanne d’Arc et Napoléon, la France n’avait jamais possédé un tel « genius ».

Vous avez peut-être déjà entendu parler de « la voix d’or » de Sarah. C’est une légende, un merveilleux mythe. Le timbre est assez dental, le vibrato trop lâche (et ne croyez pas que les balbutiements de la machine parlante y sont pour quelque chose). Des écoutes répétées et ferventes vous feront découvrir le « génie » de Sarah Bernhardt. Il est fait d’une sorte de frémissement et d’ardeur contrôlée, d’un sens prodigieux de l’art de dire les vers… et de ce que rien ne pourra jamais expliquer : « la présence ».

Mounet-Sully fut le véritable « géant tragique » de la fin de l’autre siècle. Il était né… en 1841. Il avait donc lui aussi 59 ans en 1900, lorsqu’il confia au pavillon de métal la première scène d’Oedipe roi. La voix roule comme un torrent, sa puissance est celle du tonnerre, mais… le style est très loin de ce que nous apprécions aujourd’hui. On pense, en entendant jaillir du grincement de la cire inerte cet organe inhumain, aux images gesticulantes du premier cinématographe.

En recopiant et filtrant le miroir de cette voix, j’ai par mégarde laissé choir le cylindre. Il était (ndlr 2011 : peut-être) unique en France… peut-être en Europe. Qu’importe, puisque vous pouvez aujourd’hui (ndlr 2011 : encore) en entendre le reflet !

Madame Bartet, surnommée « la Divine » bien avant Garbo, entrait dans sa quatre-vingtième année lorsqu’elle rencontra le microphone pour la première fois. Elle était retirée du théâtre, laissant derrière elle un sillage d’amour et de respect.

Pour dire cette scène d’Andromaque de Racine, elle avait demandé à Jeanne Sully (la fille de Mounet) de lui donner la réplique.

C’est en écoutant Julia Bartet que l’on comprend que l’on ne saura peut-être plus jamais « être » vocalement un personnage tragique. La voix est encore belle, jeune, admirablement conduite. C’est un art raffiné et profond, où rien n’est laissé aux caprices de l’inspiration du moment. C’est parfait. »

Pierre HIEGEL

 

 

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