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Tout comme pour les premiers enregistrements sonores, la grande Sociétaire Béatrix Dussane, auteur de nombreux ouvrages et conférences sur le théâtre et sur les acteurs, nous rappelle ici ce que furent les premières véritables « œuvres » cinématographiques auxquelles, du reste, elle participa. Ce témoignage sans concessions, nous donne, une fois de plus, par des mots simples, un éclairage on ne peut plus juste de cette entreprise débutante à laquelle participèrent bon nombre d’acteurs de théâtre aux noms prestigieux et plus particulièrement Mounet-Sully et son frère Paul Mounet.

Puissent ces quelques lignes bannir à jamais des termes comme « ridicule » ou « grotesque » des commentaires de ceux qui font le choix de visionner ces films, « scènes cinématographiques » et images d’actualités et de remplacer leurs sourires amusés par une expression plus encline à la réflexion et la curiosité ? Puissions-nous enfin comprendre une bonne fois pour toutes, que ces images, à l’instar des premiers enregistrements sonores, ne nous révèlent absolument rien du talent ni du jeu de ceux qui se sont prêtés, c’est le cas de le dire, « au jeu ». Pour ceux qui savent ce qu’est vraiment le théâtre, ceci n’est pas du théâtre et pour ceux qui savent ce qu’est le cinéma, ceci n’en est pas encore.

Frédérick Sully

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FILMS D’ART PATHE FRERES – Mounet-Sully, Paul Mounet… Affiche par Candido Aragonèse de Faria – 1911

Mounet-Sully et le cinéma

Son aventure dans le cinéma débutant est également désastreuse. C’est en 1908 que Le Bargy met sur pied la société du Film d’Art, avec le projet précis de faire passer sur l’écran les plus illustres acteurs du temps.

C’est du muet, ne l’oublions pas ! La scène de théâtre jouée sans paroles (et aussi sans métier cinématographique : où l’auraient-ils appris ?) sera accompagnée sur l’écran des fragments de texte appropriés. Vous connaissez, par les vieilles « actualités » la cadence d’images de cette époque. Les acteurs sentent bien qu’il faudrait ralentir leurs mouvements, diminuer l’amplitude de leurs gestes, estomper leurs jeux de physionomie. Mais il faudrait alors un scénario de cinéma, et non le déroulement d’un texte classique. Maquillage, éclairage, science du metteur en scène, tout est encore dans l’enfance. Et quelle naïveté chez tous ! Au même Film d’Art, on entreprend, avec Georges Berr et Marie Leconte (et moi-même, débutante éperdue) de tourner, en muet, les Précieuses Ridicules ! La chose d’ailleurs, ne sera jamais achevée…

C’est dans ces conditions que l’on mobilise Mounet-Sully avec la plus terrible scène d’Œdipe-Roi : hurlements de douleur (muets), visage ruisselant de sang, tâtonnement d’aveugle égaré, lamentations et imprécations (muettes…). Là il ne nous reste de lui qu’une vision de cauchemar…

Il faut vous résigner à le rêver à travers ce que nous pourrons vous en dire : la mécanique rudimentaire a échoué, notre ferveur et notre imagination gardent des chances meilleures.

Béatrix Dussane« Dieux des planches » Edition Flammarion 1900 vécu – 1964

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