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SUDOUEST

MEMOIRE

BERGERAC Mardi 1er mars 2016

Mort voilà 100 ans, le tragédien Mounet-Sully est délaissé à Bergerac, sa ville natale

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Dans ses mémoires, la ville du début du XIXe

Les pages que consacre Mounet-Sully à son enfance bergeracoise, dans « Souvenirs d’un tragédien », sont riches d’anecdotes où les soirées théâtrales, les promenades bucoliques et la vie locale, des commerces à la langue occitane, se bousculent dans une écriture légère et pleine d’humour.

Mounet-Sully, caricature par Sem

Mounet-Sully, caricature par Sem

Du Bergerac à la maison de Victor Hugo

Une cuvée spéciale de vin illustrée d’une caricature de Sem, autre Périgourdin célèbre, n’a pu se concrétiser. Mais la Maison des vins a livré des bouteilles des meilleurs crus locaux à la maison de Victor Hugo, à Paris, pour l’inauguration, ce soir, de l’exposition Mounet-Sully.

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Le centenaire de la mort du tragédien, à l’âge de 75 ans, sera à peine évoqué dans sa cité d’origine

Mounet-Sully dans son château de Garrigues © Photo DR

Mounet-Sully dans son château de Garrigues © Photo DR

Dès que Frédérick Sully a obtenu que le centenaire de la mort de son arrière-grand-père, le tragédien bergeracois Mounet-Sully, soit inscrit au titre des commémorations nationales de l’année 2016, ceux qui s’intéressent à l’histoire de la ville de Bergerac se sont mobilisés. C’était en juillet 2015. Et depuis, rien ou presque.

Depuis l’automne, une fresque qui présente le sociétaire de la Comédie-Française orne un mur proche de l’église Notre-Dame (lire ci-dessous). Cette évocation, réalisée à l’initiative du conseil du quartier historique des Deux Rives, devrait être réinaugurée (!) en juin.

Projets revus et minorés

Moins spectaculaire, mais beaucoup plus complet pour rendre hommage à l’enfant de Bergerac devenu une icône du théâtre parisien au tournant du XIXe siècle, un dossier complet sur sa vie et son œuvre sera au sommaire du prochain numéro de la revue « L’Avenir du passé », publiée en mai par l’association Les Amis de la Dordogne et du Vieux Bergerac.

Jean-Sully Mounet, dit Mounet-Sully, est né à Bergerac dans une riche famille de métayers passionnée de théâtre, le 27 février 1841. Il est mort à Paris le 1er mars 1916 (100 ans aujourd’hui donc), au terme d’une carrière exceptionnelle sur la scène du Français.

La revue livrera une documentation écrite et iconographique très riche sur le parcours de Mounet-Sully, que sa réussite parisienne n’a jamais éloigné de son attachement à sa ville natale. Un projet d’exposition a été notamment élaboré par Frédérick Sully, qui souhaitait qu’elle s’inscrive comme l’un des évènements majeurs de l’année 2016 à Bergerac, avec l’appui d’une poignée de passionnés locaux, dont Christian Régnier et Jean-Pierre Boissavit. Le principe n’en est pas abandonné (lire par ailleurs), mais elle n’aura de toute évidence pas l’ampleur envisagée (1).

Un fonds d’archives

Les éléments dont dispose la famille sur la vie de Mounet-Sully permettrait également de présenter l’acteur « dans l’intimité », que ce soit à son domicile parisien ou dans sa propriété du lieu-dit Garrigues à Bergerac. Sans oublier ses contemporains qu’il a fréquentés. Sarah Bernhardt, bien sûr, qui fut sa maîtresse, mais aussi Victor Hugo, qui lui vouait une grande admiration, le caricaturiste périgourdin Sem, Isadora Duncan, le chanteur lyrique Chaliapine, le photographe précurseur Nadar, et autre Bergeracois célèbre, Samuel Pozzi, « inventeur » de la gynécologie, dont il fit la connaissance à Paris et avec lequel il entretenait des liens étroits.

Déjà des publicités !

De multiples portraits, photographies, dessins et peintures évoquent également l’acteur d’exception qu’il fut. Dans les rôles d’Œdipe, Hamlet, Othello, Hernani, Ruy Blas, Polyeucte ou Le Cid, il a marqué son époque. Tout comme son frère Paul, il s’intéressa au cinéma, balbutiant mais prometteur pour la diffusion d’œuvres visuelles et pour la carrière des comédiens. De nombreux articles de presse de l’époque témoignent que Mounet-Sully fut, à la Belle Epoque, un « monstre sacré » de la scène parisienne. Il fut l’objet de caricatures et sollicité par la publicité, qu’on appelait à l’époque la réclame. Il témoigne ainsi, sur une affiche signée de sa main, de son goût prononcé pour les Petits Beurre LU !

Les fonds d’archives privés, les collections particulières, les fonds publics, les objets personnels, meubles et tableaux représentent 200 à 300 pièces, susceptibles de recréer l’esprit de son appartement parisien, de sa loge au Français, de sa propriété de Bergerac, etc.

Mais il est plus que vraisemblable que les bergeracois devront se contenter d’une modeste exposition temporaire, d’un regard attendri sur le trompe l’œil de la place de Lattre-de-Tassigny, et d’un salut à l’effigie de son frère Paul, qui servit de modèle pour le soldat inconnu dont la sculpture se dresse face au palais de justice.

(1) Le souhait, également émis par Frédérick sully, d’un timbre commémoratif illustré par un dessin de Jean Cocteau n’a finalement pas été retenu par l’imprimerie du timbre de Boulazac.

« L’AVENIR DU PASSE », NUMERO SPECIAL

Jean-Philippe Brial, avec l’aide de Bernard Clergeot, prépare pour mai un exemplaire de la revue entièrement consacré à Mounet-Sully et Pozzi

Nés tous les deux à Bergerac, à cinq ans d’intervalle ; tous les deux protestants et liés, à Paris, par une solide amitié : Samuel Pozzi et Mounet-Sully sont indissociables. Ils font l’objet des cinq premiers chapitres du prochain numéro de « L’Avenir du passé ». Avec gourmandise, Jean-Philippe Brial glisse qu’il semblerait même que la liaison de l’un et l’autre, chacun grand déducteur, avec Sarah Bernhardt, a dû être concomitante… Leur attachement à Bergerac, l’un construisant le château du domaine de Garrigues, l’autre édifiant une propriété au Graulet, est patent.

Le reste de la publication passe en revue le destin extraordinaire de Jean-Sully Mounet, sous le nom de Mounet-Sully. D’incroyables anecdotes jalonnent en effet son parcours. De la fascination qu’exerça très tôt sur lui le théâtre, qu’il évoque dans les pages de « Souvenirs d’un tragédien », à ses réticences à « monter à Paris » où l’attendait le Conservatoire, jusqu’à son premier rôle d’Oreste dans « Andromaque », qu’on lui proposa à la veille du retour à Bergerac qu’il envisageait, sa vie a été une succession de fructueuses rencontres.

Bernard Clergeot, ancien conservateur du musée du Tabac, consacre un article à Paul Mounet, « le frère méconnu ». On revient ensuite dans la maison natale, rue Bellegrade (devenue rue Mounet-Sully), sur la tombe du tragédien dans le carré protestant du cimetière du Montparnasse à Paris, au monument élevé en mémoire des deux frères au jardin Perdoux, où ils se promenaient enfants…

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EN MEMOIRE DE SON ARRIERE-GRAND-PERE

Depuis plus de vingt ans, Frédérick Sully, l’arrière-petit-fils du comédien, se bat depuis Paris, avec tout son attachement pour Bergerac, pour que la mémoire de Mounet-Sully se perpétue dans la ville qu’il aimait tant et où il revenait chaque été. La magnificence du château qu’il a fait construire aux portes de la ville, sur la route de Mussidan, témoigne de ce lien indéfectible.

Un mémorial, très endommagé, associe les deux frères dans le jardin Perdoux, face à l’entrée du collège Henri-IV. Depuis l’automne dernier, une autre effigie de Mounet-Sully éclaire la façade d’un immeuble, à l’angle des places de Lattre-de-Tassigny et Gambetta. L’initiative en revient au conseil du quartier historique des Deux Rives.

Frédérick Sully avait eu une idée similaire qu’il souhaiter confier à Catherine Feff, dont les créations à Paris et dans le monde entier ont connu un grand succès. Le projet réalisé à Bergerac, avec un artiste de Périgueux, est plus modeste mais livre néanmoins, avec beaucoup de vigueur, le portrait le plus connu de Mounet-Sully apparaissant à une fenêtre, aux côtés d’un autre célèbre Bergeracois, Paul Abadie, architecte de la basilique du Sacré-Cœur de Paris. Fin juin, une « réinauguration » de cette belle initiative à la fois esthétique, architecturale et patrimoniale devait être organisée et Frédérick Sully, porteur de toute une mémoire familiale, fera son possible pour y être présent.

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CELEBRE A LA FOIS PAR LE THEATRE ET LE CINEMA

HOMMAGE NATIONAL – Plusieurs manifestations sont programmées, à Paris notamment

Ce soir sera inaugurée à Paris, dans la maison de Victor Hugo place des Vosges à Paris, une exposition sur Mounet-Sully qui se tiendra dans ces lieux prestigieux jusqu’au lundi 4 avril. Victor Hugo appréciait en effet beaucoup Mounet-Sully qui a joué avec un immense succès public plusieurs de ses pièces.

Jean Cocteau, qui avait vu l’acteur sur scène, en a fait un portrait saisissant. Son texte a été réédité il y a 15 jours, aux Editions de L’Herne, avec une postface inédite de Serge Linarès, professeur de littérature, et des illustrations de Jean Cocteau lui-même. Un magnifique ouvrage qui tombe à point nommé.

Un projet est à l’étude autour du « Cinéma des frères Mounet » (période « Film d’art ») », avec la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Rien n’est pour l’instant engagé. La décision est attendue pour les semaines à venir pour une programmation éventuelle à l’automne.

Les experts de l’histoire des débuts du cinéma (Cinémathèque française, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé) sont très intéressés par ce que Mounet-Sully, mais aussi son frère Paul, ont apporté à cet art balbutiant. De récentes découvertes apportent un éclairage nouveau sur l’implication de ces deux artistes de théâtre dans ce nouveau moyen d’expression.

Au théâtre antique d’Orange

Depuis plusieurs années, le théâtre antique d’Orange propose un parcours multimédia intitulé « Les fantômes du théâtre », dans lequel figurent ceux qui ont foulé cette scène mythique, dont « l’impressionnant Mounet-Sully ».

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EN PROJET – UNE EXPOSITION ESTIVALE ?

Faute d’argent, les collectivités locales n’envisagent pas de grande mannifestation. Sollicitée pour mettre à disposition une salle pour une exposition, la Communauté d’agglomération bergeracoise (CAB) offrira le hall du centre culturel pour accueillir ponctuellement des éléments célébrant le souvenir de Mounet-Sully. « Nous souhaitons que cet espace soit régulièrement habité par des expositions. Il y a donc sur ce sujet un accord de principe pour que Mounet-Sully fasse partie des thèmes qui se succéderont dans ce lieu », déclare à ce sujet David Bonin, directeur de cabinet du président de la CAB. Sauf que le centre culturel est fermé l’été et que tous les tenants d’une exposition sur ce thème souhaitent toucher un maximum de touristes.

La proposition de la Ville porte sur la salle de la Petite-Mission, en surplomb de la place Pélissière. Ce pourrait être l’exposition de l’été.

DOCUMENTS EXCEPTIONNELS

Frédérick Sully, en accord avec l’association des Amis de la Dordogne et du Vieux Bergerac, la dotera à 80% avec des documents exceptionnels et des objets en lien avec son arrière-grand-père.

L’extraordinaire célébrité de Mounet-Sully en son temps a en effet généré une importante iconographie, constituée de portraits, gravures, caricatures et même photos, puisque l’acteur de la Comédie-Française était au faîte de sa gloire à l’époque de la naissance de la photographie et du cinéma.

Pauline Pierri

p.pierri@sudouest.fr

Mounet-Sully, délaissé dans sa ville natale (1) © Sudouest 2016

Mounet-Sully, délaissé dans sa ville natale © Sudouest 2016

Centenaire Mounet-Sully (b) © Sudouest 1er mars 2016

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